Le tatouage robotisé.

Salut les foufous du grattage de pores! Aujourd’hui, petit article sur un sujet qui emballe. Le Robot Tatoueur, l’avènement des machines, le T-1000 est en marche etc… Récemment, on en entend (à nouveau) pas mal parler. Sur inkage, nous avions déjà consacré un article au « phénomène » en Mars 2014, lorsqu’on avait tout juste effectué les premiers tests sur peau humaine, et à l’époque, j’avais déjà constaté à peu près les mêmes réactions dans la communauté, à base de « oh mon dieu mais quelle connerie! ». Moi qui aime bien pisser contre le vent, je m’étais alors imposé mon fameux « pourquoi? » et en avait finalement déduis que… bah non, c’est pas si terrible. Aujourd’hui, je vais tenter d’expliquer pourquoi.

Je tiens d’abord à remercier Bastien, que vous connaissez peut-être pour ses excellentes vidéos sur youtube, et si non, je vous encourage à faire un tour sur sa chaîne. Il y traite de sujets souvent proches de ceux qui m’intéressent, avec plus de légèreté et de dynamisme (nos média sont bien différents), c’est un gars super, très sympa en plus, et en général, je suis d’accord avec lui. Mais pas aujourd’hui. En effet il a sorti il y a quelques jours une vidéo sur le sujet, que je vous encourage à voir en cliquant sur le mot « chatoyant » (simplement parce que je ne me lasse jamais de placer ce mot dans mes conversations).

Regardez-la avant de lire, regardez-la après, comme vous voulez. Alors voyons d’abord ce que c’est que cette histoire de robot tatoueur… Si vous n’êtes pas familiers du sujet, sachez que c’est un projet né des mains d’un groupe d’étudiants Français, lors d’un atelier organisé par le ministère de la culture où des étudiants avaient comme défi de réaliser un « Mashup » en seulement 8h avec des images, des vidéos et du son tombés dans le domaine publique. Notre groupe d’étudiants a eu l’idée de réaliser une machine qui pourrait faire des tatouages de façon automatique en utilisant des photos d’une banque d’images.

En un après-midi, ils ont réussi à détourner une imprimante 3D de bureau pour lui permettre de tracer sur la peau à l’aide d’un stylo. La foule a été surprise et même le ministre de la culture est venu voir les projets, mais les jeunes créateurs ne voulaient pas s’arrêter là. Ils voulaient que leur machine puisse réaliser de vrais tatouages. Ils ont donc continué à travailler sur leur projet pendant leur temps libre, ils ont été épaulés dans leur tâche par des enseignants et d’autres élèves.

Le projet a bien évolué et plusieurs tatouages au design souvent simplistes ont été réalisés.  Techniquement, c’est une prouesse intéressante, et on peut vraiment saluer le travail de ces ingénieurs. Alors pourquoi c’est un problème? Pour des raisons évidentes qui gravitent toutes autour de la même notion : l’Humain. Le tatouage se pratique, jusqu’à preuve du contraire SUR un humain, ce qui fait entrer dans l’équation un sacré bon nombre de paramètres affectifs qui, une fois combinés au caractère permanent du tatouage, produisent quelques cocktails explosifs pour les plus émotionnels d’entre nous.

Mais qui a dit que le tatouage devait être réalisé PAR un humain? Attention, je vais maintenant me faire l’avocat du diable et pousser un peu mon raisonnement à l’extrême. Ce qu’on reproche à ce projet, c’est ce qu’on reproche toujours à tout ce qui met en scène un robot qui fait ce que jusqu’ici un humain faisait. Sauf que tous les robots du monde, qu’on trouve bien pratiques et souvent super cool, font déjà ce que faisaient des humains avant eux. Chaîne de montage automobile, mixeur dans nos cuisine, Facebook (celui-là est vicieux il remplace nos amis et nos interactions sociales)… Et tous ont eu droit à leur naissance aux mêmes inquiétudes, critiques etc…

« Bein oui, mais là c’est pas pareil! » que tu te dis! Parce que là, c’est pas seulement UN humain qui est en jeu, c’est DEUX humains. Et qu’est-ce qui se passe quand on met deux humains dans le même environnement? Vas-y je te laisse réfléchir…

tu y es?

Voilà, une relation. Cette relation tatoueur-tatoué est essentielle dans le tatouage. C’est l’argument que développe Bastien par exemple, et, si tu as déjà un peu lu ce blog, tu sais parfaitement que je suis 200% d’accord avec ça. Si tu ne le sais pas, retourne lire mon article-émotion sur le sujet : « Tatoueur et tatoué : un lien unique« 

Donc tu te demandes maintenant comment je peux être 200% d’accord avec Bastien, et en même temps pas du tout d’accord? Hé bien c’est simplement que je ne vois absolument pas de danger pour le relationnel tatoueur-tatoué dans ce projet. Tous les arguments que je croise contre ce projet n’en sont pas. Il ne fait aucun doute que la créativité est ce qu’on recherche dans un tatouage. L’artistique, la compréhension de la part du tatoueur, le lien, le temps passé etc… Jamais rien ne remplacera ça pour une simple et unique raison : le tatoué.

Le passionné de tatouage n’acceptera jamais ça, et donc, il n’y aura pas de « besoin » créé pour ça. Si le tatouage devient si industriel qu’on en arrive à utiliser des robots, ce n’est pas parce que cette machine aura été créée, ce sera parce que nos cerveaux auront été détruits. Et quand bien même la machine s’imposerait, allez, soyons dingues, on imagine! Elle ne prendrait que la partie artisanale du travail (là aussi tu peux retourner lire mon article sur ce qui fait du tatouage un art, ce qui en fait un artisanat etc… c’est par là : chatoyant. Il y aura toujours la place au créateurs de design etc… Comprends-moi bien, ce n’est pas ce que je souhaite, et je suis sûr que cela n’arrivera pas.

Alors quel intérêt d’avoir cette machine? Pourquoi la faire tatouer et non pas juste dessiner? Ça, c’est une question intéressante. Au lieu de se focaliser sur le lien que ce robot ferait potentiellement disparaître, pourquoi ne pas réfléchir au lien qu’il ferait apparaître? On peut trouver par exemple intéressant la démarche de Scott Campbell qui a tatoué dans une galerie d’art New-Yorkaise, des personnes qui ne voyaient pas le tatouage (plus d’info via cette vidéo chatoyante). On peut se demander ce qui se passe dans leur tronche pour renier ainsi l’étape de création en concertation pour un motif qu’ils porteront toute leur vie! On peut aussi se demander, dans un registre moins dandy, ce qui passe entre les deux oreilles des mecs qui vont se faire tatouer à ink master, à part du vent chaud

Bein peut-être que c’est juste une autre relation, une autre histoire, un autre frisson. Moi ça me semble tout à fait plausible et pertinent. J’irais même jusqu’à dire que, se faire tatouer par une machine, c’est une démarche en soit. Le fait même qu’on remplace (dans un projet d’ingénieur hein, je rappelle que le but n’est pas de faire disparaître les tatoueurs du monde, et même si je comprends qu’on puisse s’en inquiéter, faut quand même remettre les choses à leur place je trouve…), le tatoueur par une machine, ce fait même, est intéressant. Il transforme la relation décrite plus haut. Je dirais même qu’il redonne de l’importance au tatoueur. Quand on en est privé, on se rend compte de son importance. La question de la confiance se pose aussi. Où place-t-on le curseur? On a plus confiance dans le savoir-faire d’un humain, tout en connaissant le risque énorme de ratages possible. C’est comme les métro automatiques, on craint toujours un peu… Et puis les voitures… huuum ouais pas sûr d’avoir confiance hein… les taxi automatiques? Non jamais! etc… Mais finalement on s’aperçoit qu’il y a moins de dangers. Pas AUCUN danger, juste pas les mêmes.

En un mot comme en cent, l’existence de cette machine, ce qu’elle implique pour le tatoué, les questions qu’elle soulève (plus encore que les réponses qu’elle apporte, car souvent les réponses sont plus du type « mouais… pas pour moi merci! »). C’est pas parce que Wim Delvoye a vendu un tatouage comme oeuvre d’art sur la peau d’un mec tenu par contrat de s’asseoir sur un tabouret dans un musée, que tous les tatoués doivent s’asseoir sur un tabouret pour leur tatoueur, c’est juste une démarche intéressante qui n’a pas vocation à devenir la norme. Voir le lever de bouclier dans la communauté contre cet objet montre bien qu’il n’a pas d’avenir. Mais encore une fois, je ne crois pas qu’il ait jamais fallu le voir comme autre chose qu’un projet intéressant, qui redéfinit la notion de tatoueur, tatoué, la relation entre eux,, la relation du tatoué à son tatouage etc…

Un dernier point qui me tient à cœur. On entend souvent « Technologie et Art, ça ne va pas ensemble »… j’ai vraiment envie de rire. La technologie a toujours été le partenaire de vie de l’Art. Toujours. L’Art précède toujours la technologie dans les concepts, puis la technologie devient possible, donc on l’applique aux concepts déjà développés par l’Art. Enfin, on crée une utilisation artistique, des courants etc, grâce à la technologie. L’Humanité utilise la technologie, mais ne vit que pour l’Art. Si vous craignez encore que la technologie annihile l’Art, révisez vos classiques. Les tubes de peinture ont créé l’impressionnisme, la Nouvelle Vague n’a pu exister que grâce au cinématographe (une machine), et les tablettes graphiques ont répondu au besoin des gens de créer sur de nouveaux medium, elles n’ont pas exterminé les peintres.

Pour des passionnés d’un art millénaire qui utilise une machine depuis 125 ans, je trouve qu’on est un poil coincés. Les techniques traditionnelles n’ont pas disparu. Avec un peu de chance, et si vraiment, une concurrence des machines se mettait en place un jour, les tatoueurs seront juste obligés de faire du boulot de plus haute qualité, et on verra alors peut-être disparaître les milliers de studios de charlatans qui fleurissent depuis 15 ans… Qui sait? Je suis un optimiste

Oh, et si tu veux en savoir plus sur les étudiants eux-même, je te renvoie vers l’excellent Jeter l’Encre Magazine, qui a consacré un article chatoyant aux 3 compères. On y découvre des passionnés de tatouage avant tout, et on se rassure aussi sur les conditions d’hygiène.

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A toi de me dire ce que tu penses de cette machine de l’Enfer. Va-t-elle détruire notre passion, ou va-t-elle mourrir à cause de notre passion? Commente ici ou sur Facebook, sans oublier de liker la page. N’hésite pas à partager l’article avant qu’un robot du futur ne prenne le contrôle de tes pensées et de tes actions! MERCI!

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Le tatouage robotisé.

4 réflexions sur “Le tatouage robotisé.

  1. Nuitori dit :

    Les évolutions ont toujours fait peur et crier au loup.
    Selon moi, un vrai et bon artiste/artisan tatoueur n’a pas à avoir peur d’une machine. Celle-ci aussi bonne soit-elle ne pourra sûrement jamais insuffler à son œuvre la même âme et la même poésie qu’un bon tatoueur.

    Aimé par 1 personne

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