Et quand tu seras vieux?

Salut homme (ou femme) de couleurs. Je continue de passer en revue les répliques les plus célèbres du film « Ma vie de tatoué en société ». On a tous, à un moment ou à un autre, entendu les mêmes questions. On a tous, à un moment ou à un autre, été agacé par ces questions. On a tous, à un moment ou à un autre, voulu envoyer chier le demandeur. Mais finalement, on ne s’est peut-être pas tous demandé, à un moment ou à un autre, si le fait que tout le monde nous pose sans cesse la même question, ne voulait pas dire que c’est une question moins conne qu’il n’y parait? Aujourd’hui, on va essayer de comprendre pourquoi on nous demande ça, et comment on peut y répondre (ceci basé sur ma propre façon d’y répondre, qui n’est évidemment pas la seule façon valable).

Avant d’aller plus loin, je dois signaler que je suis personnellement beaucoup moins exposé à cette question depuis quelques années. Mon pays d’adoption (le Japon) a bien d’autres préoccupations envers les tatoués, et en général la première question qui vient est celle de la douleur. J’évolue également dans des milieux plutôt hors du tatouage, et si tu ne me connais pas personnellement, tu ignores probablement que je suis tatoué. En conséquence, je ne sais pas si j’entends moins cette question du vieillissement parce que je vis ici, ou parce que les gens ont fini par comprendre que c’est une question bien futile. (Maintenant que j’y pense, je crois qu’on ne m’a jamais posé cette question au Japon en fait… hmmm… intéressant…) Quoi qu’il en soit, c’est une question qu’on nous a tant resservie qu’on est en droit d’y répondre une bonne fois pour toutes. Mais d’abord, essayons de voir pourquoi on nous la pose.

Bizarrement, la première raison est peut-être que les non-tatoués sont très conscients du côté permanent du tatouage, et probablement effrayés par lui, c’est d’ailleurs le frein principal au premier tatouage, on veut vraiment trouver LE motif qu’on ne regrettera pas, parce qu’on a cette même peur de « quand on sera vieux faut qu’on l’assume encore ». Evidemment, nous autres encrés sommes donc généralement pleinement conscients  de cette permanence aussi… Mais je pense qu’il y a parmi nous un bon gros paquet d’adeptes du Carpe Diem, et autres « le présent, y a que ça de vrai » etc. En outre, la majorité des tatoués, ou de ceux qui se lancent dans l’aventure sont aussi des jeunes, entre 18 et 25 ans, et il est communément admis qu’à cet âge là, on n’est pas forcément le plus prévoyant. Et franchement.. c’est pas faux.

Ce n’est donc pas si surprenant d’entendre des aînés s’inquiéter de ça, sous-entendant qu’on n’a pas forcément assez pesé le pour et le contre (bon quand ça vient des potes de ton âge, c’est surement qu’ils ont besoin d’une bière pour se détendre). Qu’à cela ne tienne, c’est à nous de leur répondre gentiment qu’ils se trompent.
Il est vrai que pendant longtemps, on manquait de recul pour vraiment juger de la capacité des encres à vieillir. Le tatouage ayant longtemps été un phénomène de niche, pratiqué avec des encres qui ont bien changé depuis, et qui n’a pas toujours eu pour vocation d’être purement esthétique. Il était alors facile d’imaginer que l’encre allait devenir pâlotte, s’effacer par endroit etc… Je me souviens il y a une vingtaine d’années on considérait comme acquis qu’un tatouage de couleur était à refaire régulièrement, alors qu’aujourd’hui, on n’a plus vraiment cette image… Bref, on ne savait pas grand chose, et il était facile de craindre qu’un tatouage devienne moche avec le temps.

Mais depuis quelques années, on a les premiers tatoués de cette génération d’ink-boomers (ouais je crée des mots et alors?) qui ont pris de la bouteille. Lourdement encrés, parfois mannequins sur le retour, et internet aidant à la diffusion, on peut maintenant prouver par l’image que les tatouages vieillissent très bien quand on a pris soin de pas faire ça dans sa cuisine avec un rendez-vous facebook.

Une autre inquiétude quand on associe les mots « tatouage » et « vieillesse », vient de l’image qu’on a de ces deux mondes. Quand le tatouage est jeune, fougueux, révolté, etc… la vieillesse évoque un champs lexical tournant autour de calme, désabusé, sage, rangé, etc… On n’a pas vraiment l’impression que cela s’adapte l’un à l’autre, et honnêtement, ça se comprend. Le truc, est d’aider les sceptiques à concevoir la possibilité que la vieillesse n’est pas une perdition, et que le tatouage n’est pas du décérébré. Alors seulement, on pourra commencer à rééquilibrer la balance et trouver ça moins étrange d’être vieux et tatoué. Bon de toute façon, rassure toi, cette question va probablement disparaître d’elle-même au fur et à mesure que les tatoués vieillissent, tout comme il est de plus en plus rare de se voir traité d’attardé quand on est gamer à plus de 35 ans.

Alors soyons pratiques, si tu es encré(e) ou que tu prévois de l’être et qu’à chaque fois que tu en parles autour de toi on te pose encore cette question, avec une petite moue de dégoût, un nez retroussé et des yeux qui montent au ciel, comment devrais-tu répondre?

1- Calme toi, c’est la 1000ème fois que tu entends cette question, mais probablement la 1ère fois que cette personne la pose (sinon faut vraiment arrêter de lui parler). Personnellement ma technique fétiche consiste à commencer par retourner la question à l’envoyeur, en mode « que va-t-il se passer selon toi?« , on gagne du temps, car le gars va nous fournir chaque point à démonter, et peut-être même réaliser de lui-même que cette question n’a pas vraiment de sens. Bien souvent les gens nous posent une question parce qu’ils l’ont eux même entendu et imaginent que c’est ce qu’il y a à dire en 1er. Encore une fois, ici au Japon, tout le monde me dit direct « itasooooo » (ça à l’air douloureux!!… Vraiment? ça a l’air douloureux?? Non! On t’as dit que c’est douloureux, mais là ma jambe à pas l’air en vrac!)

2- Tu peux évidemment lui expliquer qu’à l’heure actuelle on sait que le tatouage vieillit très bien esthétiquement, et que de ce côté là il n’a pas à s’inquiéter, ton tatouage sera toujours aussi attirant à ses yeux dans 30 ans. (un peu d’ironie ne fait pas de mal). Tu peux compléter en disant que, quand bien même le tatouage perdrait de sa beauté, 1/ ce n’est pas son seul intérêt 2/ce n’est pas parce que quelque chose sera moins beau dans un hypothétique avenir, qu’il ne faut pas s’y attarder maintenant.
Là en général j’utilise la métaphore de la coupe de cheveux… ça marche bien avec ces dames. Ok tu vas avoir des cheveux filasses, blancs, épars etc… est-ce que pour autant tu ne vas pas chez le coiffeur? « Oui mais ça c’est la nature! » ouais, bah ma peau va vieillir naturellement, comme la tienne… Je prends soin de moi, même si je sais que je vais mourir un jour, tout simplement parce que ce qui importe c’est le temps entre maintenant et cette mort. Mon tatouage est important pour tout le temps qui me sépare de cette vieillesse. Temps que j’espère le plus long possible, au passage.

3- Ce qui m’amène au point 3. En général les gens pensent qu’un tatouage est une photo. C’est à dire qu’il marque un instant T. Et bien souvent c’est vrai. Mais alors pourquoi ils arrêtent l’analogie ici et en déduisent :
instant T = ponctuel
ponctuel =/= permanent
permanent = tatouage
=> instant T =/= tatouage
wait… WHAT?? Une photo n’a de valeur que parce qu‘elle va être un souvenir de ce moment, un souvenir a pour essence d’être quelque chose que tu inscris dans le temps. Que tu portes avec toi. C’est la durée entre le moment où elle est prise et le moment où elle te sera inutile, qui lui donne sa valeur. J’explique souvent aux gens qui me questionnent que pour moi le tatouage est un accompagnateur. Il naît souvent d’un événement passé, mais n’est pas uniquement tourné vers lui. Il est tourné vers l’avenir. Il a pour vocation de m’accompagner, de m’aider à grandir, de me souvenir des choses qui comptent pour moi. De ce point de vue là, je suis absolument certain que si un jour je suis vieux, je serai extrêmement fier de pouvoir me replonger dans ce qui a fait ma vie. Ce qui m’a mené jusque là, ce que je veux transmettre, ce qui valait la peine d’être en vie.

4- Et si après ça le mec est toujours dans le doute, dis lui juste « bah quand je serai vieux, je serai comme toi, mais en cool« . Et change de coin.

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N’attends pas d’être vieux pour commenter et ajouter tes réponses type à ce genre de question type, ou vient sur Facebook, sans oublier de liker la page. N’hésite pas à partager l’article si tu y a trouvé quelques paroles sensées. Et si tu es de ceux qui posent cette question, dis moi si je t’ai convaincu!!  Merci! 😉

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Et quand tu seras vieux?

7 réflexions sur “Et quand tu seras vieux?

  1. Agathe dit :

    Pour ma part je me poserais la question suivante : qu’est ce qui fait qu’il est moins choquant d’être tatoué à 20 ans qu’à 60 ou 70 ? Le vrai sujet de ce questionnement n’est pas vraiment le tatouage à mon avis mais plutôt l’image qu’on colle aux personnes âgées. Dans notre société, les personnes âgées sont considérées comme des enfants: il est difficile de leur concéder une sexualité, il est de coutume de ne pas faire cas de leurs idées, aspirations, désirs, etc … Le tatouage entre juste dans ces critères mais il dérange car il est permanent alors qu’il est assez simple de fermer les yeux sur tout le reste.
    Je répondrais seulement qu’au lieu de se questionner sur mes tatouages, mieux vaudrait se questionner sur l’estime que l’on a des personnes âgées.
    Je ne suis pas calée sur la culture du Japon, vous nous en direz peut-être plus mais si personne ne vous a posé cette question c’est peut être aussi que la vieillesse est considérée différemment là-bas.
    Pour ma part quand je serai une vieille tatouée j’espère que certains y verront mon expérience et la richesse qu’il y a dans la transmission de mon vécu. Alors rien que pour rappeler aux jeunes qu’entre vieille et peut-être affaiblie n’enlève rien à mon intérêt, je suis contente d’être tatouée !

    Aimé par 1 personne

    1. Merci Agathe! Oui tu as raison, c’est ce que je soulève un peu dans l’article, le décalage entre l’image qu’on a du tatouage et l’image de la vieillesse!
      Ton idée sur la conception différente de la vieillesse au Japon pourrait marcher, mais en réalité je pense que les raisons sont bien différentes. Les images qui viennent en tête ici quand on parle tatouage n’ont rien à voir avec l’âge mais vraiment avec le milieu social. C’est une question qui peut arriver ici aussi, elle n’est juste jamais en tête de liste d’après mon expérience personnelle.
      Merci pour ton commentaire!

      J'aime

    1. Salut Bastien! J’avais vu ta vidéo merci de la repartager! J’avais aussi envie d’aller un peu plus loin sur les raisons qui poussent les gens à nous demander ça 🙂
      Continue le bon boulot sur ta chaîne, c’est vraiment cool!

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  2. Archi d’accord, avec toi. C’est effectivement une question qui revient souvent « mais quand ta peau sera flétrie…? » J’aime répondre « et bah elle le sera, et je tirerai dessus pour redécouvrir mes dessins de jeunesse ! » ^^

    Je constate avec plaisir qu’il y a de moins en moins la question du regret qui apparaît (ou alors j’arrive à un tel nombre que la question ne peut plus se poser haha), ou celle de l’approbation du marché du travail.

    En majorité des cas, c’est la vrai que la personne transpose simplement son rapport à son corps, parfois à la sacralité d’une peau intouchable, et parfois une terreur de voir un souvenir vieillir et prendre de l’âge…

    Merci pour ce petit topo 🙂

    Aimé par 1 personne

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