La soif d’encre.

Pour inaugurer le blog, et t’aider à voir où je veux en venir, je vais consacrer le premier véritable article à un sujet qui m’intéresse tout particulièrement. On explique à tour de bras à qui veut bien l’entendre que lorsqu’on commence à se faire tatouer, on y revient bien souvent. On parle ainsi d’addiction, de dépendance etc… Personnellement j’ai toujours vu ça comme une forme de soif. Ce dont on parle moins, c’est du pourquoi. Bien entendu, c’est plus difficile à traiter comme sujet. Comme base de réflexion, je vais nécessairement utiliser mon avis et ressenti personnel, je n’ai pas la prétention de parler pour tous les tatoués, et je t’invite à partager en commentaire (ici ou sur la page facebook) ton avis, ton expérience, ta réflexion.

La plupart des non-tatoués avec qui j’ai pu échanger sur ce sujet en reviennent souvent au même point : pour eux, le plus difficile à comprendre est l’opposition qu’il y a entre l’envie de recommencer, et le fait que le tatouage, ça fait mal. La question du rapport à la douleur est une question vaste et passionnante, aussi, ne brûlons pas les étapes, cela fera l’objet d’un prochain article, car il y a pas mal à dire. Aujourd’hui je vais rester concentré sur le « pourquoi, malgré la douleur, on a souvent envie d’un, deux, trois, vingt autres tatouages? »…

Je parle de soif d’encre pour le côté poétique, mais je pense qu’on n’y retourne pas pour l’encre en elle même (je veux dire que je ne pense pas à une véritable forme d’addiction chimique à l’encre)… mais bien pour ce que le tatouage représente pour nous (pas le motif tatoué, mais le processus-tatouage) . D’abord, un mode d’expression évidemment. Quand on aime raconter son histoire par l’image insérée dans les pores de la peau, il y a fort à parier qu’on aura beaucoup d’histoires à raconter. Si tu es aussi bavard que moi, il y a des chances que le mode d’expression en lui même suffise à te motiver à aller t’allonger sous le dermo le plus souvent possible. Mais au delà de ça, il y a aussi le côté rituel. Tout rituel est rassurant. Et chaque étape d’un rituel a son importance.

Quand on pense à un nouveau tatouage, il y a d’abord la recherche de motif. Parfois il s’impose de lui même, mais même dans ce cas, il faut trouver la meilleure façon de représenter ce motif. Se poser la question du style, de l’emplacement, de la taille. Il est possible que mon passé de plasticien joue un rôle là dedans, mais clairement cette étape est la plus excitante pour moi. Recherches de référents, élaboration de croquis, montages photoshop et tout ce qui peut aider à mettre en forme le motif.

Vient ensuite la rencontre avec le tatoueur. Si tu as, comme moi, la chance d’avoir un tatoueur fétiche, tu seras heureux d’aller discuter avec lui, passer à l’élaboration du projet concret. Mesures, conseils du pro sur le motif etc… Si tu cherches un nouvel artiste, cette recherche en elle même est intéressante, et au fur et à mesure que tu parcourras les books, de nouvelles idées viendront enrichir ta recherche et ton projet, rendant tout ça encore plus excitant.

L’étape suivante est aussi chargée en émotions et en adrénaline… le piquage. Personnellement, je reste (pour l’instant) fidèle aux grosses pièces donc pour moi chaque nouveau projet est un peu comme le début d’un marathon qui va m’occuper plusieurs semaines, voire mois. Mais je peux imaginer aussi le plaisir des encrés qui aiment les petites pièces, qu’ils prennent comme un plaisir rapide et intense, comme on apprécie un café bien serré en fin de repas, ou une sortie de weekend un peu hors-budget, mais du coup, bien meilleure.

Puis vient évidemment la satisfaction profonde. Voir son corps tel qu’on le veut, sentir ce contrôle qu’on a sur lui, avoir cette nouvelle peau qui ne nous quittera plus. Il y a un côté rassurant dans cette permanence qu’on présente toujours comme effrayante ou problématique. Notre tattoo ne nous trahira pas (évidemment je parle ici des motifs suffisamment réfléchis pour n’être jamais un problème, je ne vais pas faire chaque fois la distinction, sache le). L’engagement est pris, et il ne nous reste plus qu’à l’assumer, et en être fier.

Et puis en ce qui me concerne, j’aime aussi aller au shop, j’aime l’odeur de l’encre et des machines, du plastique omniprésent, et j’aime le son du dermo, vraiment, autant que je déteste celui de la fraise du dentiste. J’aime avoir cette nouvelle peau quand je remonte la « shotengai » (rue commerçante couverte dont le Japon regorge) en direction de la gare, j’adore le sourire en coin du vendeur de takoyaki (spécialité d’Osaka) juste en face du salon qui me voit redescendre l’escalier en colimaçon 4 heures après y être monté, j’imagine qu’il imagine où je peux bien avoir mes tatouages, et quelle histoire ils racontent… alors qu’il s’en contrefout surement, mais moi ça me fait plaisir d’imaginer qu’il rêve.

J’aime aussi la douleur du tatouage. Ça c’est bizarre je sais. Comme je l’ai dit, j’y reviendrai probablement dans un article ultérieur, mais c’est assez lié à ma soif je pense… Quand j’ai commencé mon dos par exemple, j’ai vraiment été surpris de douiller autant par rapport aux bras, et j’étais même un peu inquiet (sache que je suis pas du tout du genre vaillant face à la douleur… je suis plutôt dans le camps des douillets). Et puis mon corps a accepté cette douleur, 1 fois, 2 fois, 3 fois… finalement, même si elle est forte, je l’aime parce qu’elle s’arrête, et je l’aime parce qu’elle est unique.
« Ça fait mal comment?
– Comme un tatouage… »
On parle souvent de griffures de chat… d’un chat bien furax bien longtemps si tu veux mon avis… mais c’est pas ça pour moi. Cette douleur se définit par son rythme, sa variété d’amplitudes, et son bruit.

Elle se définit par le temps de réflexion qu’elle te donne, parce que tu cherches à la combattre, alors tu t’évades, tu essayes de « méditer », ou au moins de te concentrer sur ta respiration, comme tu essayes de t’endormir dans ton lit quand t’as pas sommeil. Cette douleur est le tic-tac de l’horloge de chez ma grand mère, quand j’attendais qu’on puisse sortir jouer, ou que mes parents reviennent me chercher… un truc pénible qui annonce un truc vraiment satisfaisant.

Après ça, comment veux-tu qu’on n’en redemande pas? Certains ont honte d’être alcoolique, moi je suis fier d’être encrolique.

N’oublie pas d’aller liker la page facebook!!

Publicités
La soif d’encre.

9 réflexions sur “La soif d’encre.

  1. Je n’ai pas grand chose à dire, mis à part que tu as exprimé exactement ce que je ressens !
    Même si je trouve quand même qu’il y a matière a débat a propos de l’addiction, qui peut ne pas être forcement chimique (enfin je ne trouve pas que ce soit le cas, hein, juste que je comprends que des gens puisse penser ça ^^)

    Aimé par 1 personne

  2. C’est tellement ça.. Et puis se faire tatouer c’est décider, contrôler mais aussi partager une histoire. Mon tatoueur me connaît mieux que beaucoup puisqu’à chacun des tatouages, je lui ai raconté une histoire. C’est un moment un peu intime le tatouage, c’est compliqué de l’expliquer à ceux qui ne l’ont pas vécu.
    C’est un très bel article que tu nous offres là en tout cas 🙂

    Aimé par 1 personne

  3. elisa dit :

    Dans l’ensemble je me retrouve dans ce que tu as dit!
    et pour info moi quand on me demande comment je peux y retourner alors que j’ai douillé je leur répond : comme une femme qui fait plusieurs enfants!

    Aimé par 1 personne

  4. Methylchloroid dit :

    Y revenir c’est partager. Mon histoire avec ma tatoueuse est unique. Je ne sais pas si c’est moi qui l’ai choisie ou elle qui m’a choisie mais on s’est trouvées. Et dans mes tatouages elle met beaucoup d’elle. Parce qu’elle m’écoute et parce qu’elle s’écoute aussi. J’aime sa touche, sa patte, sa féminité, sa sensibilité, son humour. J’aime partager des moments avec elle. J’aime alors passer la voir et juste discuter… et je repars avec un café et des projets plein les yeux, la tête et les rêves.
    Alors mes tatouages c’est aussi elle. Et je suis d’autant plus heureuse que pour le prochain, elle encrera sur mon coeur le projet qui me tient le plus… à coeur. Et qui lui permettra de faire ses armes sur un type de tatouage – le portrait – qu’elle dit ne pas encore maîtriser. Mais je lui fais confiance. Parce que le tatouage c’est aussi ça, la confiance : laisser son expérience entre les mains et les oreilles de quelqu’un qui va nous marquer à vie et que l’on va marquer aussi.
    J’aime mes tatouages et j’aime ma tatoueuse. Et je vais de ce pas laisser ce commentaire sur sa page tiens 🙂

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s